Un projet ne crée pas de valeur

La valeur

La valeur est le caractère mesurable d’un objet en tant que susceptible d’être échangé ou désiré ; c’est ce pourquoi un individu ou un groupe accepte un coût lors d’une action ou un prix lors d’un échange.

La valeur doit être attachée à une chose, tangible (un bien physique) ou intangible (un droit), mais qui doit pouvoir se posséder.  Au contraire le coût est un flux, comme son inverse, le revenu.

Si donc un projet crée de la valeur, cela signifie que celui qui l’aura mené à bonne fin se retrouvera possesseur d’une valeur. C’est ce que nous allons vérifier.

Nous allons nous situer dans un monde marchand, où les coûts, les revenus et les valeurs s’expriment en monnaie. Nous nous intéresserons aux types de projets les plus fréquemment rencontrés, ceux sur lesquels a été bâti le management de projet, les projets d’investissement industriels.

Il y a d’autres types de projets (changement, évènement, etc.). Il y a aussi des projets dans le monde non-marchand. Nous les laisserons pour le moment de côté.

 

Le contrat de projet et les points de vue

Le management de projet implique toujours deux parties à un contrat, le maitre d’ouvrage (MOA, sponsor, owner) et le maître d’œuvre (MOE, prestataire, contractant).  Le contrat est parfois juridique, entre deux personnes morales distinctes, soit simplement formel, entre  personnes employées par une même personne morale.

Les deux parties n’ont pas le même point de vue sur le projet d’investissement. Cela se voit bien quand on décrit  les cas d’affaire des deux partenaires.

 

Les cas d’affaire  (Business plans)

Le MOA projette de mener une production en exploitant un actif, dit actif stratégique, qui sera produit par le projet. Le coût de cet actif est, à quelques détails près, le montant de l’investissement.

La production, ou l’exploitation (termes ici rigoureusement équivalents) amènera au MOA un revenu provenant de la vente de produits ou de services (termes ici rigoureusement équivalents) sur un marché où ils vont rencontrer le client et satisfaire son besoin.

L’actif stratégique est un besoin du MOA, qui est induit par le besoin de son client, car il est nécessaire à l’exploitation aboutissant au produit satisfaisant ce client.

Le MOA s’adresse à un MOE pour qu’il lui construise l’actif stratégique, et signe avec lui un contrat décrivant précisément l’actif à livrer, les exigences, la date et le prix.

Au moment de la livraison, l’exploitation n’a pas commencé et aucun revenu n’a été encaissé. Par contre les dépenses d’investissement ont été bien payées.

 

Du côté du  MOE, le cas d’affaire est beaucoup plus simple. Une fois le contrat signé, il commence immédiatement le travail pour lequel il est payé. Ce payement intervient à intervalles convenus par des avances et par le versement du solde en fin de contrat après la recette finale. Celle-ci faite, l’affaire est terminée pour le MOE.

Le MOE, dans cette affaire, n’a pas à se projeter dans l’avenir. Il travaille bien sur un projet, mais c’est celui de son client.

Pourtant, les MOE ont été les créateurs du management de projet. Est-ce un paradoxe ?

Nous y reviendrons une autre fois en examinant de près les sens du mot « projet ».

 

Un projet crée-t-il de la valeur ?

Le cas d’affaire du MOA est synthétisé dans  la figure :

On voit en orange les dépenses d’investissement, en violet les revenus et les bénéfices.

La valeur créée, au sens marchand, est la somme des bénéfices. C’est effectivement un actif, qui est une possession de l’entreprise.

Cette valeur ne peut être mesurée définitivement que lorsque le cycle de vie du produit est terminé. Elle peut être estimée avec assez de sécurité lorsque la production du produit a atteint une certaine maturité, vers le quart ou le tiers du cycle de vie.

Une question importante est de savoir si l’actif stratégique a une valeur.  Celui-ci a un coût qui est bien connu, c’est l’investissement. Mais la valeur n’est pas le coût…  En effet, la valeur se détermine sur un marché, et si, après des déboires, une entreprise revend  un actif stratégique qui n’est fait que pour elle, elle n’en tire pratiquement rien, sauf cas particulier. Le comptable met bien dans les comptes une valeur égale à l’investissement en face de l’actif stratégique, mais ce n’est qu’une valeur conventionnelle (book value), sujette à rectification…

Dans notre cas, la durée du projet ne recouvre que la durée de  l’investissement. Nous sommes donc forcés de constater que pour le MOA, le projet, à lui tout seul, ne crée pas de valeur réelle. Pour avoir la preuve que le cas d’affaire ait des chances d’être un succès, il faut attendre que  l’exploitation (production, dans la figure) ait fonctionné pendant un temps suffisant, ce qui n’est possible que bien après la date de fin du projet. En effet la valeur est créée conjointement par le projet d’investissement et par l’exploitation qui lui succède.

Quant au MOE, il voit bien de la valeur arriver. Mais ce n’est pas son projet. Il est payé par un client pour livrer un produit, l’actif stratégique. La production de ce produit ne lui a pas demandé d’investissement.

 

Avertissement en guise de conclusion

Il n’y a aucun paradoxe dans ce qui précède. Si le lecteur a cette impression, c’est que l’imprécision qui règne dans le langage du management de projet amène à faire des confusions. Dans ce qui précède, on confond souvent projet et produit, livrable et bénéfice succès du projet et succès du cas d’affaire.  Très généralement on parle du projet sans préciser si l’on adopte le point de vue du MOA (Owner) ou celui du MOE (Contractant).

Il faut bien se rappeler aussi que nous nous sommes limités au monde marchand et aux projets d’investissements industriels. Il existe d’autres mondes et d’autres types de projets.

Nous continuerons ces mises au point et ces clarifications dans nos prochains entretiens.

 

Merci de vos remarques.

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1 Comments

  1. brun andré

    Répondre

    merci Gilles pour cette excellente présentation.
    Effectivement, il est rare que le MOA contractualise avec le MOE sur des exigences de production, donc de revenus; sauf si le MOE est interne. Mais il ne peut être jugé sur ces résultats qui d’ailleurs ne sont pas toujours bien mesurés et pour cause : ils ont été “vendus” au MOA dans l’avant-projet, puis au mieux dans la phase de préparation et le chef de projet MOE ne sera pénalisé que s’il ne respecte pas les délais de mise en production, voire le coût de l’investissement, mais ensuite…… qui s’inquiète réellement du projet du MOA au regard de tous les phénomènes aléatoires du marché. C’est donc bien en phase avant-projet qu’il appartient au chef de projet MOE de sensibiliser sa MOA pour l’inciter à faire (ou faire faire par une assistance à MOA) tous les scénarios et analyses de risques préalable à l’autorisation de l’investissement .Idem pour un Responsable d’affaire lorsqu’il fait son offre.
    bien à vous,

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Formations

Formations labelliées

Pourquoi la labellisation ?

Avantage pour l'apprenant

L’offre de formations en management de projet est devenue, au fil des années, de plus en plus importante. La personne cherchant à améliorer ses compétences ou à se préparer à la certification IPMA – tout comme les entreprises voulant préparer leurs chefs de projet à cette certification – se trouvent devant une longue liste de formateurs potentiels. L’objectif de la labellisation est d’aider ces personnes et ces entreprises à faire leur choix.

La labellisation consiste à vérifier le contenu des formations par rapport au référentiel IPMA

Avantage pour l'organisme formateur

Le processus de labellisation se déroule en général sur une période de plusieurs semaines et fait l’objet de nombreux échanges entre les représentants de l’organisme de formation et les vérificateurs de la SMaP, enrichissants pour les deux parties.
Ainsi, la labellisation apporte à l’organisme formateur une amélioration continue grâce au processus de labellisation, une visibilité internationale par la publication sur le site de l’IPMA, et une différenciation compétitive par rapport à d’autres formations du marché en étant homologué.

Le processus de labellisation

Quatre grandes étapes pour se faire labelliser par la SMaP:
  • Acte de candidature : présentation de l’organisme et du cursus de formation, suivie de la signature du contrat entre la SMaP et l’organisme de formation.
  • Auto-évaluation en relation avec l’ICB (International Competence Baseline) par l’organisme de formation et constitution du dossier de vérification pour le cursus à labelliser.
  • Vérification des informations communiquées par des vérificateurs indépendants nommés par la SMaP suivie d’une discussion des conclusions avec l’organisme formateur.
  • Autorisation d’utiliser le label IPMA sur les documents de marketing de la formation homologuée et publication sur les sites de l’IPMA et de la SMaP.

Les différents labels

L’IPMA distingue cinq catégories de formation en fonction de leur durée : les sessions de formation – moins de 60 heures – , les programmes de formation – 60 à 360 heures – et les cycles de formation intensive (type Master) – plus de 360 heures – .
Selon le cas, les formations couvrent tout ou partie des 46 éléments de compétence définis par l’IPMA.

Certifications

Certifications de personnes

Les employeurs et les employés, les clients et les fournisseurs ont depuis longtemps éprouvé le besoin de faire reconnaître leurs compétences, ou de s’assurer de celles de leurs interlocuteurs.

La certification de personne est la reconnaissance et l’assurance de capacités d’apprentissage, de communication et de décision, de savoir-faire spécifiques, et de la connaissance de l’environnement de l’entreprise par des organismes reconnus internationalement apportant une garantie d’impartialité.

Les certifications ont une validité limitée dans le temps et valident des compétences selon des standards actuels contrairement aux diplômes à durée illimitée qui reconnaissent essentiellement des connaissances.

Avantage pour le certifié
  • La possibilité de se distinguer dans la recherche d’un emploi,
  • Un moyen d’affirmer ses compétences auprès de son employeur,
  • La possibilité de réussir ses projets en donnant confiance aux parties prenantes.
Avantage pour l'entreprise
  • Assurer ses clients potentiels de la compétence de son personnel,
  • Rationaliser le recrutement et la promotion internes sur des critères explicites,
  • Passer d’une formation qualifiante à une formation professionnelle, bien plus motivante,
  • Offrir des parcours de carrières reconnus et hors hiérarchie,
  • Reconnaître et faire monter en compétences ses meilleurs éléments.

Les principes de la certification

Les valeurs qui animent la certification sont les mêmes que celles de la SMaP :
  • Agir avec Intégrité, Responsabilité et Transparence
  • Interagir avec Diversité, Consensus, Respect mutuel
  • Réaliser avec Compétences, Excellence, Résultat
Ces valeurs se traduisent en principes applicables à la certification :
  • Processus standard sans discrimination, traitant tous les candidats de la même façon.
  • Processus et bases d’évaluations transparents et connus du candidat.
  • Evaluations demandant uniquement des preuves au niveau de compétences demandé.
  • Evaluations se basant sur différentes méthodes d’évaluations au cours du processus
  • Résultats consistants et fiables quels que soit les assesseurs / correcteurs, ceux-ci utilisant les mêmes approches pour tous les candidats.
  • Résultats basés sur :
    • des preuves actuelles et récentes pour le niveau demandé
    • assez de preuves pour que l’assesseur puisse porter un jugement;
    • des preuves véridiques apportées par le candidat.

Les certifications proposées par la SMaP

La SMaP est adhérent à l’ICEC et à l’IPMA et délivre des certifications selon deux approches :

  • Gestion de projet : ICEC Planification, Coûtenance et Estimation, SMaP Gestion du changement
  • Direction de projet : IPMA Niveau A, B C et D

Certifications

Certifications de personnes

Les employeurs et les employés, les clients et les fournisseurs ont depuis longtemps éprouvé le besoin de faire reconnaître leurs compétences, ou de s’assurer de celles de leurs interlocuteurs.

La certification de personne est la reconnaissance et l’assurance de capacités d’apprentissage, de communication et de décision, de savoir-faire spécifiques, et de la connaissance de l’environnement de l’entreprise par des organismes reconnus internationalement apportant une garantie d’impartialité.

Les certifications ont une validité limitée dans le temps et valident des compétences selon des standards actuels contrairement aux diplômes à durée illimitée qui reconnaissent essentiellement des connaissances.

Avantage pour le certifié
  • La possibilité de se distinguer dans la recherche d’un emploi,
  • Un moyen d’affirmer ses compétences auprès de son employeur,
  • La possibilité de réussir ses projets en donnant confiance aux parties prenantes.
Avantage pour l'entreprise
  • Assurer ses clients potentiels de la compétence de son personnel,
  • Rationaliser le recrutement et la promotion internes sur des critères explicites,
  • Passer d’une formation qualifiante à une formation professionnelle, bien plus motivante,
  • Offrir des parcours de carrières reconnus et hors hiérarchie,
  • Reconnaître et faire monter en compétences ses meilleurs éléments.

Les principes de la certification

Les valeurs qui animent la certification sont les mêmes que celles de la SMaP :
  • Agir avec Intégrité, Responsabilité et Transparence
  • Interagir avec Diversité, Consensus, Respect mutuel
  • Réaliser avec Compétences, Excellence, Résultat
Ces valeurs se traduisent en principes applicables à la certification :
  • Processus standard sans discrimination, traitant tous les candidats de la même façon.
  • Processus et bases d’évaluations transparents et connus du candidat.
  • Evaluations demandant uniquement des preuves au niveau de compétences demandé.
  • Evaluations se basant sur différentes méthodes d’évaluations au cours du processus
  • Résultats consistants et fiables quels que soit les assesseurs / correcteurs, ceux-ci utilisant les mêmes approches pour tous les candidats.
  • Résultats basés sur :
    • des preuves actuelles et récentes pour le niveau demandé
    • assez de preuves pour que l’assesseur puisse porter un jugement;
    • des preuves véridiques apportées par le candidat.

Les certifications proposées par la SMaP

La SMaP est adhérent à l’ICEC et à l’IPMA et délivre des certifications selon deux approches :

  • Gestion de projet : ICEC Planification, Coûtenance et Estimation, SMaP Gestion du changement
  • Direction de projet : IPMA Niveau A, B C et D